La Fée Publicité
juillet 4, 2007 at 1:35 | In contes, enfants, famille, histoires, psychologie | Leave a CommentIl était une fois, au pays des fées, une petite fille du nom de Minouche qui regardait la télé toute la journée. Eh oui, même les fées ont leurs petits défauts ! Ce qu’elle aimait surtout, ça n’était pas les documentaires ou les dessins animés, c’était… la publicité.
On a beau être fée, on a toujours besoin d’un peu de rêve, et de beaucoup de magie. Et la publicité la faisait terriblement rêver. Tous ces jouets, tous ces objets, que la télé proposait, même en imagination, elle n’en concevait pas d’aussi incroyables !
Il y avait une fusée télécommandée qui allait jusqu’à la lune, un sous-marin grandeur nature, un audi-fourmi pour comprendre la langue des insectes, une poupée qui fabrique des esquimaux à la fraise, etc.
Alors, quand arrivait la publicité, son cœur battait plus vite, ses joues devenaient roses, ses yeux s’écarquillaient. L’envie arrivait, plus forte que tout. D’abord un creux à, l’estomac, un chatouillis dans le ventre, une idée fixe dans la tête et une voix stridente qui hurle : « Je veux ! J’achète ! Je le veux et je l’aurai ! » Et ce malaise ne la quittait pas jusqu’au moment où elle obtenait enfin l’objet.
Au pays des fées, grâce à la poudre magique, et même si l’on n’a pas de sous, on obtient ce que l’on veut, sauf les baguettes magiques, qui ne sont délivrées que par l’Académie des fées. Minouche faisait venir à elle tous les objets : la fusée télécommandée, la poupée pâtissière, le sous-marin grandeur nature, le robot qui range la chambre.
Pendant une ou deux secondes, le temps d’agiter sa baguette magique, Minouche était très joyeuse : elle riait toute seule, elle chantait, elle courait partout. Mais, dès que le jouet menait à elle, elle était inévitablement déçue. Le robot ne fonctionnait qu’avec des piles introuvables, la fusée ne revenait jamais de la lune, les glaces à la fraise de la poupée avaient un vieux goût de plastique. Bref, la magie disparaissait quand l’objet devenait réel. Curieusement, ça n’empêchait pas Minouche de continuer à regarder la publicité, qui raconte de si jolies histoires et qui vous donne envie de posséder l’univers entier !
Alors, le manège recommençait : creux dans le ventre, chatouillis, idée fixe, voix qui crie : « Je le veux, je l’aurai ! », jouet qui sort de la télé, et grosse crise de larmes, à cause de la déception.
On ne comptait plus, dans le grenier, le stock de vieux jouets accumulés, d’engins flambant neufs, de babioles, de trains qui ne sifflaient plus, de nouvelles voitures plus rapides les unes que les autres, de nouvelles céréales pour le petit déjeuner vues à la télé, et avec un cadeau dedans !
Un jour, en allumant la télévision, Minouche sentit son cœur battre encore plus vite, ses joues devenir encore plus rosés.
Sur le petit écran, une petite sorcière vantait les mérites… d’une baguette de vermeil :
— Avec une baguette de vermeil, ton Q. M. (quotient de magie) sera plus élevé, et tu feras des merveilles ! Avec la baguette précieuse, tu seras la plus heureuse.
La petite sorcière déclina ensuite tous les tours fabuleux que l’on pouvait réussir grâce à la baguette en vermeil : transformer une princesse en orang-outang, une maman en papa, un papa en grand-mère, une cocotte-minute en chapeau de belle-mère, un morceau de chocolat en carré de sucre… Oh, comme elle en avait envie, la petite fée !
Mais les petites fées, rappelle-toi, peuvent tout obtenir, sauf… les baguettes magiques. Quand elle prit conscience de cette atroce, de cette horrible réalité, Minouche faillit s’arracher les cheveux. C’était la première fois qu’elle ne pouvait faire taire cette voix stridente : « Je le veux, je l’aurai ! » Son cœur était rempli d’amertume.
Si elle ne pouvait changer une princesse en orang-outang, et une biche en triple crapaud, une cocotte-minute en chapeau de belle-mère, et un morceau de chocolat en carré de sucre, à quoi cela servait-il donc de vivre ?
Elle se retournait dans son lit, en se demandant comment obtenir cette baguette de vermeil qui faisait des merveilles. Une nuit, alors qu’elle s’était retournée 1 678 fois dans son lit, apparut devant elle sa marraine-fée, celle qui secourt toujours les petites fées désespérées. Quand Minouche lui expliqua pourquoi elle ne pouvait plus dormir, que c’était à cause de la baguette de vermeil qui faisait des merveilles, la marraine rit très fort de son rire de grelots.
— Pourquoi ris-tu ? Ça n’est pas drôle, bougonna Minouche.
Mais la marraine continuait à rire.
— C’est la fée publicité ! La coquine ! Elle raconte un peu n’importe quoi. Et tient rarement ses promesses. Veux-tu que je te dise ? Elle est un peu sorcière… Quand elle voit un enfant devant la télé, elle se frotte les mains et ricane dans son coin : « Ha, ha, en voilà encore un tombé en mon pouvoir… » Elle est comme ça, la gredine. Tout ce qui l’intéresse, c’est être la reine du monde !
Et la marraine-fée redevint sérieuse :
— Ta baguette de vermeil est comme une autre baguette, sauf qu’elle brille un peu plus, un point c’est tout !
La petite fée piqua une mini-crise de colère, elle tapa du pied, lança son édredon en l’air, jeta sa baguette par la fenêtre. Puis elle se calma et réfléchit.
Elle n’en continua pas moins à regarder la télévision. Mais quand elle l’allumait, et dès qu’elle sentait le chatouillis à l’estomac, l’idée fixe, le cœur qui bat plus fort, bref, l’envie d’obtenir le jouet de la télé, elle voyait la fée publicité, dans son coin, ricaner et se frotter les mains : « Rêve, ma fille, rêve… Bientôt, je serai la reine du monde ! Tous les enfants seront à moi ! »
Alors, Minouche éteignait la télé et disait tout haut :
— Non, non, vilaine fée, cette fois, tu ne m’auras pas ! Ton jouet a l’air magique, mais il ne l’est pas du tout !
Et c’est elle qui riait sous cape, en imaginant la fée verte de rage. Et elle se disait : « De nous deux, c’est moi la plus forte ! »
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