Le petit vampire amoureux

septembre 3, 2007 at 10:33 | In amitié, contes, enfants, histoires, peurs, psychologie | Commentaires Fermés

Un soir de pleine lune, en sortant dans le noir comme tous les soirs, afin que personne ne le voie, le petit vampire rencontra une petite fille rose qui sortait d’un immeuble. C’était la nuit de Noël. La petite avait les yeux brillants de bonheur, comme tous les enfants ce soir-là. Elle avait enfilé sa plus jolie robe, rose et couverte de volants, et elle dansait sur le trottoir. Le petit vampire avait les dents pointues, le teint blafard et la mine triste, et il resta là, les yeux comme des soucoupes, à la regarder dans son bonheur.
Depuis qu’il l’avait vue, le petit vampire soupirait à fendre l’âme. Il voulait la revoir. Mais pas pour lui faire du mal. Juste pour un petit baiser dans le cou, un tout petit-petit. Mais que peut espérer un vampire gris à côté d’une petite fille rose ?
Le soir, il se rendait près de la maison de Rosie, c’était son nom, pour essayer de la revoir. Mais, souvent, il n’apercevait qu’une petite fille en train de se brosser les dents, de jolies petites dents blanches comme des perles de nacre, en train de se coiffer ou de passer un gant sur sa jolie peau rose de petite fille. Ou en train de dormir en souriant dans son joli lit tout rose. Et le vampire regardait ses dents longues, son teint gris, ses mains crochues, et il pensait : « Un peu de rose dans mon cœur tout gris, ça ferait du rose-de-gris, et ce serait drôlement joli. »
Il se cachait dans sa longue boîte noire, ce qui est une manière pour les vampires d’exprimer leur tristesse. Ses joues devinrent comme du papier mâché, ses yeux reflétèrent la noirceur de son cœur. Il avait punaisé sur sa botte un écriteau : « Chagrin d’amour ».
Sa maman lui dit :
— Ne t’inquiète pas, mon bichounou. On en a vu d’autres : le prince et la bergère, le berger et la princesse, le chat et la souris. Alors, pourquoi pas un vampire et une petite fille ?
— Ah là là, soupirait-il, quelle idée d’être amoureux ! Ce soir-là, j’aurais mieux fait de me casser une jambe ! Ça chiffonne tout en dedans, et on ne pense plus qu’à ça ! J’aimerais tellement rester avec elle, lui parler, tenir ses petites mains roses, l’entendre rire, lui donner de la lumière dans les yeux.
Il se cachait derrière les murs, restait tapi le long de son immeuble, la nuit, à regarder par la fenêtre juste pour apercevoir un coin de voile rose, un coin de sourire, un coin de ciel bleu.
Et le petit vampire rêvait, dans son coin de ciel noir. Un jour ils se marieraient, elle serait tout en blanc, la petite fille rose, avec des fleurs plein les cheveux. Il aurait un beau costume crème et des dents comme des perles. Mais il se réveillait et la vie était comme avant. Et, dans sa longue boîte, il broyait du noir, dans sa botte de malheur.
Il essaya différentes tactiques. Un jour, il mit du rose sur ses joues, un autre jour, il camoufla ses doigts crochus dans des gants en agneau. Et il ferma sa bouche à double tour pour cacher ses deux longues canines. Un autre jour encore, il plaça un nez de clown sur son visage gris, et c’était triste à pleurer.
Un autre jour encore, le petit vampire s’approcha un peu plus de la fenêtre de Rosie. C’était terrible. Elle était en train de faire un cauchemar. Elle pleurait dans son sommeil, elle hurlait. Et lui se dit :
« C’est le moment pour moi d’entrer en scène. De toute façon, je ne peux pas être pire que son cauchemar. »
Le petit vampire arriva dans sa chambre, au moment où Rosie allait crier « Maman ! ». Elle ouvrit grands les yeux.
— Ça alors ! dit-elle. Mais que fais-tu là ? Comment es-tu arrivé dans ma chambre ?
— Il ne faut pas avoir peur, dit le petit vampire en tremblant, car je ne suis pas méchant du tout. Je suis un très gentil vampire. Je suis là pour t’aider. Ne sors ni ta gousse d’ail ni ton crucifix.
La petite fille rit aux éclats. Elle riait, mais comme elle riait ! Elle riait à en pleurer de rire.
— Il est tout à fait raté, ton déguisement ! Tu n’es pas un vampire, tu es un petit garçon !
Le petit vampire était très étonné : elle ne hurlait pas, elle ne criait pas, elle riait, au contraire, et elle lui disait qu’il était comme les autres !
— Je te connais. Parfois, je te croise dans la rue, ou peut-être dans un de mes rêves, je t’ai déjà vu quelque part, dit la petite fille. Mais tu as tort de croire que tu es un vampire. Les vampires sont très moches et tout tristes. Ils n’ont pas les yeux brillants comme toi.

Le petit vampire sentit monter un peu de rose à ses joues, un peu de rose-de-gris. Pourtant, la petite fille grimaça en indiquant ses joues toutes grises comme du papier mâché, et approcha le petit garçon-vampire du miroir.
— Tu as besoin de bronzer un peu, mon cher, et de prendre quelques couleurs. C’est sans doute de rester enfermé chez toi, loin des autres. Viens demain, nous jouerons dans le jardin, sous le soleil.
Le petit garçon, à son grand étonnement, aperçut son reflet dans le miroir ! C’était bien la première fois.
— Je pensais, dit-il, que les vampires ne pouvaient pas se voir dans les miroirs.
— Parfois, répondit la petite fille, on croit qu’on est un vampire, tout moche-tout-laid-tout-gris, mais c’est juste une impression.
Et elle lui fit un bisou sur le nez.
Le lendemain, le petit garçon et la petite fille jouèrent ensemble dans le jardin. Le petit vampire attrapa une belle couleur de peau, des yeux tout brillants et pleins de lumière. Et ses dents, curieusement, se mirent à rétrécir, à rétrécir, à rétrécir… Comme des perles !
— Tu vois, je te l’avais bien dit, dit la petite fille en lui donnant la main. D’abord, j’ai toujours raison !
Et ils rirent ensemble.
Ainsi finit l’histoire du petit garçon qui se prenait pour un vilain vampire. À moins que ce ne soit un vrai vilain vampire qui se transforma en petit garçon, simplement parce qu’il aimait une jolie petite fille toute rose !

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