Mina ne voulait pas grandir
septembre 3, 2007 at 11:10 | In contes, enfants, famille, histoires, lecture, parents, peurs, psychologie, pédagogie, école | Leave a CommentAu pays des fées, quand les bébés sont devenus grands, ils reçoivent de la part de l’Académie des fées leur première baguette magique. C’est un très grand jour pour ces petites créatures, qui peuvent alors commencer à apprendre les plus beaux tours de magie… À condition de n’avoir plus ni tétine, ni doudou.
À cinq ans, Mina était une minuscule fée, pas plus grande que ton petit doigt. Avec une moue boudeuse et des gros caprices. Mina parlait encore comme un bébé : elle disait « dada » pour cheval, « féfée » pour fée, « baba » pour baguette, et « ze veux » au lieu de « je voudrais »… Il lui arrivait aussi de devenir toute rouge de colère, elle repliait ses ailes d’un air boudeur, en refusant de faire quoi que ce soit Bref, elle était restée totalement bébé-fée!
— C’est normal, c’est une enfant, disait le roi son papa, qui avait toujours été très indulgent avec Mina, au point de rire, parfois, de ses petites bouderies et de ses petits défauts de prononciation.
Mais ce qui ennuyait le plus la reine-fée, c’était de voir Mina avec sa tétine. Mina continuait à la prendre la nuit, bien sûr, mais aussi le soir, et quand elle se disait fatiguée, et aussi pour dire au revoir à ses parents, et pour dire bonjour à sa nounou-fée, et pour partir à l’école des fées. Et puis, bientôt, aussi, pour aller à table. Et pour prendre son bain. Bref, tous les prétextes étaient bons pour tétouiller cette satanée totoche !
Mina aimait tant sa tétine, qu’elle l’astiquait avec un petit chiffon tous les matins, comme les grandes fées font avec leur baguette. Au fond, elle agissait avec sa tétine comme Aladin avec sa lampe merveilleuse, comme d’autres font avec la poule aux œufs d’or, comme si c’était un vrai trésor.
La maman de Mina, voyant le jour de ses cinq ans arriver, lut dans les grands livres des fées tout ce qu’elle pouvait faire pour supprimer la tétine : le tour de « Saperlipopette, et hop, ouste, la tétinette ! », le tour dit de la « marraine de Cendrillon », qui consistait à changer la tétine en gigantesque citrouille. Le tour de la totoche volante, de la tétine empoisonnée, ou la recette de la tétine à la moutarde.
Mais rien n’y faisait. Mina avait toujours sa tétine, et, comme elle disait « dada », « féfée » et « dodo », on se demandait si cet objet de plastique ne l’empêchait pas de parler comme une grande fée de cinq ans.
Un beau matin de printemps, trois ou quatre jours plus tard, un courrier arriva à la maison de Mina, porté par une petite colombe rose. C’était une jolie lettre enluminée de poudre de fée. Mina baissa la tête et fronça les sourcils et tapa du pied. Elle savait trop bien ce qui l’attendait : on allait lui demander de devenir grande et de jeter sa tétine. De son côté, sa maman applaudit :
— Ma chérie ! C’est aujourd’hui le grand jour ! C’est ta lettre de l’Académie des fées !
La maman de Mina avait des larmes dans les yeux, car il est toujours émouvant de voir grandir sa petite fille-fée. De joie, elle embrassa la colombe rose messagère… qui se transforma aussitôt en jolie fée Clochette. Quant à la lettre rose, elle se métamorphosa en baguette magique.
— Bonjour, Mina, fit la fée Clochette. Sais-tu que, aujourd’hui, je viens pour t’apporter ta baguette magique ?
— Mmoui, grogna Mina.
— Et tu connais les règles de l’Académie des fées, n’est-ce pas ?
Mina grogna encore « mmoui ».
— Si tu acceptes la baguette magique, tu dois jeter ta tétine. Pas de baguette magique pour les bébés-fées à tétine !
— Je préfère garder ma tétine, déclara Mina d’un ton boudeur.
— Oh, est-ce possible ! Ça alors ! C’est bien la première fois que j’entends ça ! sourit la marraine-fée. Je suis certaine que, si tu demandes aux petites filles du pays des hommes de choisir entre une baguette magique et une tétine, elles n’hésiteraient pas une seconde… Elles penseraient : « Une tétine n’est même pas magique. Alors qu’avec une baguette… Je peux obtenir des tas de choses ! » Voilà, ce que penseraient les petites filles.
Mina tapa du pied avec mauvaise humeur.
— Qu’est-ce que je ferais avec ma baguette ?
— Des choses formidables !
Et d’un coup de baguette magique, la fée Clochette fit apparaître devant elle le « Grand Livre des Grandes Œuvres des fées », où étaient répertoriés tous leurs actes les plus magiques :
Distribuer de gentils sorts à la naissance des nouvelles fées : être intelligente, belle, avoir de très beaux yeux, avoir beaucoup d’esprit…
Combattre les vilains sorts des fées jalouses, qui n’ont pas été conviées au baptême.
Transformer une citrouille en carrosse, dans l’objectif de rendre justice à une pauvre orpheline.
Transformer des cailloux en tartines.
Faire régner la justice sur terre.
Recueillir une petite fille qui doit dormir pendant cent ans.
La fée messagère ferma le « Grand Livre des Grandes Œuvres », les yeux brillants.
— Alors, qu’en penses-tu ? Veux-tu conserver ta tétine de bébé-fée, ou obtenir une superbe baguette magique ?
Mina avoua que, finalement, elle préférait la baguette magique à la tétine. Sa maman, très fière, la serra contre son cœur en lui disant :
— Tu es une grande, maintenant ! Comme nous allons nous amuser, toutes les deux, avec nos tours de magie ! C’est ainsi que Mina reçut, de l’Académie des fées, une superbe baguette rose et blanc qu’elle contempla, les yeux brillants.
Depuis ce jour, tu peux me croire, pas une seule seconde elle n’a regretté sa tétine. Car elle s’est aperçue que le plus difficile était de décider une bonne fois pour toutes de la jeter… et de grandir vraiment !
— Allez, mademoiselle Mina ! dit la marraine-fée. Au travail ! Il ne suffit pas de décider d’être une grande fille pour le devenir. Tu vas apprendre des choses passionnantes dans notre monde.
Et, d’un coup de baguette magique, elle lui ouvrit le « Grand Livre des fées », celui qui permet à toutes les petites filles de devenir des grandes fées de légende.
(Texte remanié)
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